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Dambisa Moyo, d'origine Zambienne, l'une des "100 personnes les plus influentes du Monde"
 

 

Selon le Time Magazine, Dambisa est l'une des "100 personnes les plus influentes du Monde". Ses publications apparaissent régulièrement dans le Financial Times, l'Economiste et le Wall Street Journal.

 

Elle a travaillé pendant dix ans à Goldman Sachs et à la Banque Mondiale. Elle a un Doctorat en Economie d'Oxford et une Maitrise d'Harvard. Elle détient aussi un diplôme en Chimie et un MBA en Finance. Dans son livre "Dead Aid" (L'Aide Fatale) elle met à nu l'inefficacité de l'aide au développement en Afrique.

 

  

     1)      Vous avez une vision controversée concernant l'avenir de l'Afrique. Croyez-vous réellement que l’aide au développement est fatale ?

Si l'aide au développement était une entreprise privée ou un système politique, sans doute, elle n’existerait plus à l'heure actuelle. Mais ici nous avons affaire à un système qui a perduré pendant des décennies sans rien apporter.

2) Selon vous, quel serait donc la solution ? 

Il n'y a aucun signe en aucun endroit sur la terre que cette aide a été source d’une croissance à long terme. Les pays qui ont sorti des centaines et des millions de gens de la pauvreté sous nos yeux – comme la Chine, l'Inde, l’Afrique du Sud, le Botswana  - n'ont pas compté sur l'aide au développement comme le font certains pays africains. Personne ne peut le contredire !

3) Que répondez-vous à ceux qui insistent que l'aide est indispensable au développement ?

A huis clos, presque tous les ministres chargés de l’aide internationale murmurent qu'il y a un problème fondamental dans ce système. Beaucoup de dirigeants africains le confirment aussi ...

4) Et que pensez-vous des cas comme celui de l’Haïti ?

Les gens ont besoin d’emplois. Il n'y a pas de solution magique. On a besoin d’investissements et de création d'emplois. L'Haïti ne peut pas sortir de ce désastre en ne comptant que sur l'aide extérieure - ce n'est pas une solution viable.

5) Quel est votre avis sur l'attitude de Barack Obama vis-à-vis des pays en voie de développement ?  

                   

Il est encore trop tôt pour faire un commentaire. Mais, en tant qu’Africains, nous ne pouvons pas continuer à dépendre des Etats-Unis. Quand le chômage en Amérique ne cesse d’augmenter à une vitesse vertigineuse, il est sûr  que la priorité du gouvernement américain est de pourvoir d’abord pour ses propres citoyens.

6) Les pays en voie de développement n’ont-ils pas besoin de l'aide des pays riches pour atténuer les effets du changement climatique ?

Les agences d'aide ne vont pas etre au premier plan. Dans le passé, les grands programmes de développement ont été menés par les gouvernements occidentaux et les marchés émergents sont restés silencieux. Mais aujourd’hui, nous avons une situation où elles prennent beaucoup plus d'initiatives.

7) Comptez-vous influencer la politique africaine ?

Non. La plupart de ce qui doit être fait en Afrique devrait être menée par les dirigeants africains.

Le problème fondamental est que l'industrie d'aide au développement s’ingère tellement dans la politique africaine que les gouvernements abdiquent leurs responsabilités.

8) Vous impliqueriez- vous un jour dans la politique ?

Je ne suis pas une politicienne - ce n'est pas ma tasse de thé. Je pourrais revenir dans le secteur de la finance. Peut-être dans les marchés émergents.

9) Un projet en particulier?

Non, pas du tout. L'éspérance de vie en Zambie est de  39 ans, pour l’instant je préfère rester aux Etats-Unis.

10) Est-ce que la crise financière a-t-elle exposé les failles du système économique occidental ?

Au contraire. Le capitalisme sans entraves ne fonctionne pas, mais au cours de ces 300 dernières années, le capitalisme a créé des emplois et réduit la pauvreté. Ne pas le reconnaitre et dire que c'est impraticable, c'est trop dire. Les banques n'ont rien fait d'illégal. C'est tout a fait simpliste de dire qu'elles sont mauvaises.

11) En tant qu’ex-banquier, pouvez-vous compatir à la colere du public par rapport au bonus dans le secteur des banques ?

Je ne pense pas que cette colere n'est pas justifiée. En tant que contribuable, il est normal d'être outragé. Mais le débat doit etre plus nuancée.

12) Vous écrivez maintenant un livre sur « Comment l'Occident a echoué». Pouvez-vous nous donner une avant-première ?

Les modèles standard de développement économique ont trois ingrédients : le capital, le travail et la technologie. Je regarde comment les politiques de gouvernement sur ceux-ci ont produit de mauvaises issues.

13) Comment voyez-vous l’avenir ?

D’ici 2027, la Chine sera le plus grand pays du monde. Pour la première fois cette année, la population de l'Europe est en déclin. Nos populations changent. Si on veut rester dans le jeu, on doit faire quelque chose transformationnel.

14) Voulez-vous retourner en Zambie ?

Absolument. Ma famille vit là-bas. Les Africains instruits ne resteraient pas en Occident s'ils ne sont pas payés qu'ils pensent qu'ils valent. Mais nous l'avons vu au Ghana et en Ouganda - quand la situation devient plus transparente, la plupart des personnes rentrent en Afrique.

15) Votez-vous ?

Vous auriez du mal à trouver une femme d'origine africaine qui ne vote pas.

16) Y a-t-il quelque chose que vous regrettez ?

Pas du tout. Il est vrai que j'ai eu beaucoup de chance : mes parents m'ont toujours dit "le monde t'appartient !", alors qu’ils auraient pu dire que je ne réussirai jamais pour beaucoup de raisons - fille d'un milieu rural, originaire d'un tout petit pays d'Afrique. C’est ainsi que je ne regrette rien.

17) Certains Africains manqueraient-ils d'estime de soi ?

Beaucoup d'Africains succombent à l'idée qu'ils ne peuvent rien accomplir à cause de ce que dit la société. Les images de l'Afrique sont négatives -guerres, corruption, pauvreté. Nous devons être fiers de notre culture.

18) Pensez-vous qu’il n’y a pas d’espoir ?

Au contraire. Je suis une éternelle optimiste. Prenez mon exemple : Je viens du cœur de l’Afrique, d'un pays sans accès à la mer. Je n'aurais même pas pu nager jusqu’ici aux Etats-Unis. Il m’est donc impossible d’imaginer que nous sommes condamnés à l’échec. Regardez où je suis aujourd'hui …

Mini Bio:

1969 : Naissance à Lusaka, en Zambie. Enfance aux Etats-Unis, école secondaire en Zambie.

1991-93 : Retour aux Etats-Unis, Maîtrise en Gestion, MPA à l'Université Américaine (DC) et Harvard

1993-95 Travaille à la Banque mondiale. Voyage au Royaume-Uni pour un PhD en Economie à Oxford

2001 Rejoint Goldman Sachs en tant qu'économiste de recherche et stratégiste

2009 Publication de son premier livre - l'Aide Fatale : Les ravages d'une aide inutile et de nouvelles solutions pour l'Afrique  (veuillez cliquer sur l'image ci-contre -->)

 

 

 

Source: New Statesman - Mars 2010

Traduction de l'Anglais et adaptation: Celong Connexions - Aôut 2010