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Eric Mboma, un Jeune Congolais à HARVARD ! (Février 2007)


Harvard University est la plus prestigieuse des universités américaines.
En effet, selon le Classement académique des universités mondiales elle est la no1.
La plus riche du monde, avec un revenu dépassant 29 milliards de dollars, elle a produit des grands hommes comme John Kennedy, George Bush, Al Gore, Barack Obama et Jacques Chirac.

Eric Mboma, à peine 30 ans, pionnier parmi les congolais, répond à nos questions.
 
 
 
 
 
1) Parlez-nous un peu de vous?

Né à Kinshasa, j'ai également vécu à Lubumbashi avant de m'installer en France à la fin des années 80.

Comme la majorité d’entre nous, mon cœur balance sans tanguer entre l’Est et l’Ouest, le Nord et le Sud de la sublime RD Congo... Professionnellement, après une première expérience en finance d’entreprise, j'ai été consultant pendant quelques années pour un groupe britannique, puis norvégien. Mes principales responsabilités étaient centrées sur l’analyse et la gestion post M&A. Dans ce domaine, j’ai conduit des projets d’intégration sur plusieurs acquisitions internationales du groupe.

Habité par un réel intérêt pour la vie économique de notre pays et une curiosité non dissimulée pour les enjeux stratégiques internationaux qui peuvent avoir un impact non négligeable sur la marche du monde, j’ai choisi d’enrichir et de compléter mon parcours. Après l’obtention d’un Master of Public Administration (HARVARD University – Kennedy School of Government), je finis le deuxième volet de ma formation avec un Master of Business Administration - Finance (GSB – University of Chicago).



2) Quels sont les challenges que vous avez rencontrés et comment les avez-vous surpassés ?

J’ai certainement rencontré les mêmes challenges que la plupart d’entre nous, en tant qu’étudiants d’origine congolaise ou simplement jeunes professionnels rencontrent sur le chemin d’un plus grand épanouissement personnel...

La première chose qui m’aura toujours motivé aura été de savoir ce que je poursuivais vraiment, ce qu’étaient mes réelles ambitions et si je me donnais les moyens de les atteindre. J’ai certainement encore un long chemin à parcourir avant de regarder le passé avec la sérénité du travail accompli ou l’ambition assouvie. Je pense tout de même avoir été servi par le fait d’avoir appris à choisir ma voie, d’avoir été en mesure de voir les choses avec le moins d’oeillères possibles, d’avoir appris à me regarder au travers de mes qualités, mais sans omettre mes défauts. Entendons-nous bien, c’est une chose qu’il faut faire et réapprendre à faire chaque jour et nulle ne peut se dire parfait à ce sujet.

Quels que soient les challenges qu’on rencontre, je crois que les soutiens familiaux et amicaux sont certainement les meilleurs remparts pour chacun de nous. J’ai la chance d’être issu d’une famille affectivement présente, unie et forte. Elle a toujours su me donner les ressorts nécessaires pour faire mes choix, petits ou grands. Le plus important est que nous croyons les uns dans les aptitudes des autres, tout en restant critiques. Nous nous sommes toujours encouragés et soutenus… Quelqu’un disait un jour que la famille est le noyau de base de la société… Il ne pensait pas si bien dire!

L’autre facteur important est que ma poignée d’amis les plus proches est extraordinaire. Les gens qui m’entourent sont une ressource rare parce que chacun à sa manière partage avec moi des visées similaires. Lorsqu’une idée me taraude l’esprit, ces personnes constituent le filtre premier, l’examen de passage que je me donne pour valider un choix, une option. Par analogie, ils sont un peu comme un « Conseil d’Administration» qui peut quasiment tout questionner en ce qui me concerne, autant mes visées que les moyens de leur réalisation. Si je ne suis en mesure de les convaincre, il y a peu de chance que je sois sur la bonne voie. Ils ajoutent à la critique avec un regard toujours sans complaisance, ce qui les rend irremplaçables à mes yeux. Je parlais précédemment de rester objectif avec moi-même. Cela n’aurait jamais été possible sans la générosité de ces mêmes amis.

Enfin, chacun a le choix d’avoir ou pas une vie spirituelle, ce que je comprends tout à fait. Pour ce qui me concerne, face à mes challenges, ma foi m’a apporté énormément et joue un rôle moteur dans mes aspirations.



3) Quel est votre apport particulier dans le monde dans lequel nous vivons ?

Je pose les actes qui me semblent utiles là où je vis mais aussi ceux qui peuvent contribuer d’une manière ou d’une autre à influencer positivement ce qui se passe en RD Congo ou en Afrique en général. J’ai par exemple participé à des projets d’évaluation financière publique dans l’Etat du Massachussets, à un programme de soutien aux enfants nés prématurément à l’Hôpital universitaire de Chicago… L’an dernier, j’ai organisé à HARVARD des rencontres en trois volets et qui se sont inspirées de l’activité économique parfois vibrante du continent.

Ces rencontres étaient intitulées « Africa Open for Business » et avaient pour ambition de montrer les aspects économiques méconnus de notre continent et d’illustrer notre dynamisme économique, même lorsqu’il est malheureusement bridé par manque de financement, entre autres. En outre, en tant que congolais, il était important pour moi, non seulement, de reconnaître les difficultés de notre continent, mais également de montrer qu’il y a des solutions générées par nous-mêmes.

Des entrepreneurs congolais ont pu ainsi bénéficier d’opportunités de rencontres et des jeunes professionnels ont pu saisir des opportunités de retour. Tout ceci fut symbolique, mais fondé sur le désir d’apporter un peu de différence dans le regard que les gens portent sur nos réalités. Ce n’est pas facile, mais comme dans d’autres domaines, il faut s’approprier la perception qu’ont les autres de nous si nous souhaitons écrire differement les prochains chapitres de notre histoire... Ne dit-on pas qu’est « Maître des lieux celui qui les organise… »

D’autres projets plus ambitieux sont dans les cartons. A suivre...



4) Quel est pour vous le sens de la vie ?

Cette question est difficile. Je ne saurai répondre en disant ce qu’est « LE » sens de la vie. Je distingue plutôt ce qui me semble être une vie repliée sur soi (ce que je rejette) d’une vie qui au contraire qui consisterait à embrasser la communauté dans laquelle on vit, sans jamais oublier celle d’où on vient, même si on y vit plus au quotidien... Je pense que si on est incapable d’apporter quelque chose de plus à sa famille, de supplémentaire à sa communauté, de mieux à sa société c’est qu’on a perdu une opportunité d’apporter sa pierre à l’édifice national. Dans ce domaine, les manières d’être utile sont certainement incalculables sur notre continent.

La grandeur est souvent dans les petites choses qui font la différence. Apprendre à quelqu’un à lire, écrire, construire un mur, cultiver un jardin, faire de la soudure… Faire ce don à cette même personne qui est à votre service pour un maigre salaire toute l’année ou tout autre personne qui est en position de bénéficier d’une aide intelligente, voilà ce que j’appelle faire une différence et faire preuve de grandeur. Il serait peut-être normal d’attendre de tels actes de nous-mêmes, congolais, plutôt que des Peace Corps américains (dont je salue le dévouement lorsqu’ils s’intéressent, généreux de leur temps et de leurs qualités, au sort de personnes a qui ils ne doivent finalement rien…) après tout… Peut-être serait-ce là la suite logique de nos aspirations, de notre indépendance.

Partir en vacances au Congo et passer du temps à aider les paysans de Maluku à mieux commercialiser leurs produits ou à améliorer leurs cultures sont des activités qui permettent de faire la différence. Beaucoup de jeunes malgaches le font, eux… A ce moment la, la vie prend un petit sens supplémentaire.



5) Et pour terminer, quel est votre message d'encouragement pour notre nouvelle génération ?

Voyons... Pour ma part, j'ai toujours été un rêveur, alors je souhaite à chacun de faire de son mieux pour réaliser ses rêves et d’avoir la grandeur de ne pas être égoïste sur ce chemin. Ne jamais hésiter à donner la main à toute personne également désireuse de donner vie à ses propres rêves. Gagner est un sentiment extraordinaire. Il est incommensurable quand on gagne ENSEMBLE.

A chacun, j'ai simplement envie de dire : "Faites ce que vous aimez et accomplissez vos passions, mais surtout, faites-le bien, faites-le toujours mieux chaque fois ! ». Je pense qu'il n'y a pas un métier meilleur que les autres. Il y a surtout des gens plus professionnels, des personnes plus passionnées que les autres. Elles transforment ce qu'elles touchent en or. “En or” pour beaucoup de raisons, mais surtout parce que ces personnes sont plus utiles que les autres.

Mon respect va d’abord à ces personnes-la. Mon admiration va également à celles qui vivent un quotidien infernal dans notre pays bien aimé et lui permette de continuer malgré tout, contre tout... Le boulanger des quartiers de Ndjili qui approvisionne chaque jour un marché aux prix fluctuants, la maman vendeuse de pondu au grand marché de Kinshasa qui constitue la seule source de revenus de son foyer et qui permet à ses enfants d’être scolarisés malgré tout, à la courageuse paysanne de Goma qui continue de cultiver et de récolter son champ chaque jour et au péril de sa vie pour nourrir sa famille, au mineur sans salaire de Bel Air dans les faubourgs de Lubumbashi qui affronte l’incertitude et les dangers de la mine pour continuer à être un pilier économique et social pour les siens, à la jeune fille qui assume un rôle de mère non choisi à Mbandaka ou à Kisangani.

C’est aussi aux prix des valeurs humaines de tous ces gens et des autres dont personne ne parlera jamais que notre Grand Congo méritera à nouveau d’être ainsi qualifié.