Celong Connexions

Bienvenue
Mot du Fondateur
Les Pensées Motrices
50 clés pour réussir
Interview du Mois
Initiatives
Conseils & Directions
Success Stories
Leadership
Réflexions
Vos Réactions
Remerciements
Nous Contacter
 
Jean Ouédraogo, professeur d’université aux Etats-Unis : « Les jeunes confondent souvent succès et célébrité »
 


Professeur et chef de département à l’Université de Plattsburg à New York aux Etats-Unis, Jean Ouédraogo peut être considéré comme un exemple de réussite. 

Quel est votre parcours ?

J’ai d’abord effectué mes études primaires dans mon pays au Burkina Faso, plus precisément à Boussé, puis le secondaire au lycée Philippe-Zinda-Kaboré, quatre années au département d’études anglophones à l’Université de Ouagadougou et le branle-bas vers les Etats-Unis. Je suis allé à l’Université de Géorgie dans le Sud des Etats-Unis où j’ai fait un master puis un doctorat (PHD) en littérature francophone. J’ai enseigné une année dans ce département qui m’a formé. Ensuite j’ai enseigné pendant deux années en Virginie de l’Ouest avant de me retrouver à l’Université de Plattsburg dans l’Etat de New York.

Comment est la vie pour vous à Plattsburg ?

Ma vie à Plattsburg est un condensé de travail. Depuis deux ans, en plus de porter le chapeau de professeur, je suis également dans l’administration ou précisément chef du département de langues et études étrangères qui coiffe des matières comme l’espagnol, le français, le russe, l’arabe et l’allemand. Parallèlement on développe tout le cursus de la littérature, tout ce qui va avec l’enseignement de la culture ou les cultures spécifiques à une langue donnée.(...)
 
Quelles sont les difficultés auxquelles vous avez fait face et comment les avez-vous surmontées ?

Les difficultés ne manquent certainement pas, mais je dois me considérer comme un homme assez chanceux et aussi comme le commun des Burkinabè, aguerri face aux difficultés. J’ai quand même eu un noyau d’amis et de connaissances qui m’ont toujours soutenu mais je suis également parti sans illusions et sans attentes quelconques. C’est peut-être l’esprit combatif que certains diront américain, de faire pour soi ce qu’on attend de devenir soi-même. C’est une devise qui nous empêche de nous asseoir et de passer le temps en jérémiades.

A la fin de mes études universitaires à Ouagadougou, après avoir échoué lamentablement d’obtenir un passeport pour aller faire des études en Europe pour des raisons qui ne s’expliquent toujours pas, j’ai eu l’occasion de côtoyer des gens comme le doyen de l’Université de Géorgie qui était venu pour recruter des fonctionnaires surtout, dans le cadre de la coopération américano-burkinabè. J’ai saisi ma chance et j’ai pu obtenir un « Teatching assistanship » où j’enseignais à des étudiants de première année pour pouvoir payer mes propres études ainsi que de « Reserch assistanship » où j’ai fait de la recherche pour des professeurs. Ça m’a permis de pouvoir subvenir à mes besoins et de ne pas avoir à payer de frais comme étudiant international. Naturellement je ne me suis pas croisé les bras, j’ai travaillé dans le système de restauration universitaire où je revoyais souvent mes propres étudiants auxquels je servais à manger. C’est certainement une leçon d’humilité.

C’est par là également qu’il faut passer. Le travail ne nous rappetit jamais. Je crois fermement qu’à force de travail, on peut devenir ce qu’on veut ou à la limite promu à quelque chose de plus grand que ce à quoi on pourrait s’attendre. Aussi, par rapport à la période où je suis allé aux Etats-Unis, certaines difficultés présentes auxquelles les étudiants internationaux doivent faire face n’existaient pas ; c’était la fin des années 80. Il n’était pas encore question d’attentats terroristes, ni de cette phobie qui existe présentement et qui fait que même étudiant on est suivi de beaucoup plus près qu’avant.

Les autres difficultés, c’était par rapport à la langue mais je n’en avais pas tellement parce que j’avais fait quatre années d’anglais à l’université et je pouvais facilement m’adapter culturellement. C’est des choses qui se vivent en communauté. Il y avait une forte communauté d’étudiants africains dont je fus président. C’est quand on vit en solitaire, coupé de ses possibilités de communication que les difficultés ont tendance à s’amplifier. Alors qu’aux Etats-Unis, l’information est toujours disponible pour qui vient demander ou qui veut la découvrir. C’est un des piliers fondamentaux qui a dû réduire mes difficultés d’insertion.

Des conseils aux jeunes qui aimeraient suivre votre exemple ?

Chacun a son tracé à suivre. On ne le sait pas d’avance, la seule chose qui nous permette d’y arriver, c’est le travail et la persévérance. Si on choisissait des riches je n’aurais pas été sélectionné. Si on choisissait les plus doués, les plus calés, je ne serais peut-être pas forcement du lot. Mais je pense que l’amour du travail couvre beaucoup d’insuffisances et permet à tout le monde de se réaliser ou de réaliser en tous les cas une bonne partie de ses rêves.

En dehors de ce conseil qui peut paraître laconique, je dirais qu’il faut se projeter, avoir une idée de ce qu’on veut devenir et asseoir une stratégie de comment y arriver parce qu’on n’arrive quasiment pas au succès par hasard. Je n’ai jamais été pour les gains faciles, la courte échelle. Il faut se fixer un objectif, se soumettre à une discipline et méthodiquement aller vers cet objectif. Il faut s’inspirer à la fois des gens qui doutent de vous. J’ai beaucoup plus bénéficié du doute que de l’acclamation.

Plus on est acclamé plus on court le risque de ne pas arriver à son objectif et je préfère encore avoir autant de gens qui doutent de ma capacité à arriver à un objectif. C’est un défi qui donne de l’énergie, de l’ambition également. J’ai surtout bénéficié peut-être même souvent à leur insu de l’appui de gens très positifs qui ont un mode d’encouragement déjà derrière soi. Des gens qui croient toujours au succès quand bien même les difficultés sont monstres.

Il faut y croire et avoir les bénédictions de n’importe quelle source, qu’elle soit divine, parentale ou autre. Il faut avoir la discipline et la rigueur de se projeter et de planifier. A chaque succès il y a tout une stratégie derrière. Les jeunes confondent souvent succès et célébrité. Certains prennent toujours pour exemple ceux qui sont à l’étranger.

Alors que beaucoup de gens sont restés au pays et ont réussi. Ceux qui sont à l’étranger c’est peut-être par option ou par opportunité. Des gens ont réussi mais vous ne les verrez pas à la télé ou dans des véhicules de luxe. Le succès c’est de trouver un exutoire aux ambitions qu’on a et de vivre dans un minimum de confort qui permet la poursuite de ses ambitions.


Source : lefaso.net - B. NANA
Adaptation : Celong Connexions Novembre 2007