1) Parlez-nous un peu de vous . Quel a été votre parcours ? 
Je suis originaire de la RDC et ai choisi de continuer mes études en Belgique suite aux premiers pillages en 1991; je finissais ma 6ème secondaire et je me souviens à quel point le système structurel était bloqué au pays ... la Belgique avait durci les procédures d'obtention des visas étudiants. Il m'a fallu un an pour obtenir le mien et ai dû effectuer un test de dépistage du HIV.
En Belgique, j'ai eu une licence en gestion des entreprises en langue anglaise à l'université européenne de Bruxelles dont le mémoire de fin d'études portait sur la spécidifité de l'apport de l'industrie agro-alimentaire sur le développement de la RDC (cas concret du groupe Lonrho International). Par la suite en 1995 et 1997, je suis repartie au Congo effectuer un stage non rénuméré qui m'a mis devant le phénomène ethnique et la difficulté de trouver un emploi dans le contexte socio-politique de l'époque.
De retour en Belgique, je me suis attelée à trouver un emploi et parrallèlement, j'ai pris des cours en nouvelles technologies de l'information à l'institut Cooremans. J'ai envoyé pas moins de 250 lettres de sollicitation qui sont toutes restées sans réponse et je me suis retrouvée à faire de la comptabilité chez un boucher non loin de mon habitation !
J'ai ensuite décroché un emploi de Customer Support Professional dans le call center de Nokia. A l'époque déjà, j'ai compris que le Belge n'éprouvait pas une peur de l'étranger mais plutôt celle de celui qui vient prendre sa place. Sans possibilité d'évolution professionnelle, je suis allée travailler chez Atraxis Belgium (Sabena Group) - en 2001, veille de la faillite qui se profilait ... j'ai vécu une période de stress intense, nous soupçonnions que le groupe allait mal et les rumeurs de licenciement collectifs allaient bon train ... jusqu'à l'annonce officielle de la faillite, puis j'ai empaqueté mes affaires en juin 2002. J'ai profité de ce licenciement pour effectuer des voyages en France, au Canada et aux Etats Unis avec la ferme intension de m'embarquer pour d'autres cieux.
2) Aviez-vous tout planifié en avance ou c’est par un concours de circonstances que vous êtes là où vous êtes aujourd’hui ?Ma vie est faite de rencontres humaines et de planification, il n'y en a aucune.
Je me suis installée dans la commune d'Etterbeek où j'ai découvert que l'avocat de mes parents y était bourgmestre. Cette rencontre a été la base de mon engagement politque et j'ai pris ma carte de parti au PRL. Et déjà, j'avais un pied dans l'associatif par le biais de Table du Monde - une association qui voulait faire découvrir les cultures à travers la cuisine.
Au fil des rencontres, je me suis constitué un réseau de connaissances. J'ai ainsi assisté aux débuts de l'Union des Congolais de Belgique (Unicob) et rejoint le Rassemblement des Femmes Congolaises de Belgique (Rafemco) une plate forme d'associations qui oeuvrait afin que le viol utilisé comme arme de guerre à l'Est de la RDC soit reconnu. Originaire de la province Orientale et ayant de la famille à Bukavu et à Goma, je ne pouvais rester insensible aux violences faites aux femmes en situation de guerre comme le vivent de nombreuses populations en RDC.
3) Quel est pour vous le sens de la vie ?
Donner sans attendre de retour.
Les femmes sont porteuses de vie et en 2003 et 2004 lorsque j'ai eu mes enfants, je me suis rendue compte du cadeau merveilleux que nous faisons en participant à l'oeuvre créatice ...
Donner de son temps pour faire avancer les choses est ce qui m'a motivé à organiser durant la Journée Internationale de la Femme en 2005 une rencontre avec des actrices de la diaspora - Emilie Faignond, Gisèle Mandaïla, Guilaine Molaï, Rose Mefalessi, Césarine Bolya, Marceline Madoki dont le savoir-faire a été mis à l'honneur. Tour à tour écrivain, secrétaire d'Etat, responsable d'asbl, pasteur, journaliste et médecin, elles ont su inspirer et faire découvrir au public présent en nombre ce 11 mars 2005, la richesse dont la diaspora recèle.
4) Quels sont les challenges auxquels vous avez fait face pour arriver là où vous êtes et comment les avez-vous vaincus ?
Briser les barrières à tout point de vue est l'un des challenges auquel je continue de faire face notamment en brisant le silence qui entourait la situation des populations victimes de la guerre en RDC. Communiquer afin que plus jamais çà m'a fait organiser la projection du film Bourreaux à Baraka de Greet Browers et Raf Custers, au Cinquantenaire le 12 mars 2006.
Le but était de sensibiliser l'opinion belge au sujet des violences sexuelles à l'est de la RDC et nous avons récolté 440 euros qui ont été envoyés au centre d'accueil Olame à Bukavu. Cela n'est certes pas grand chose mais l'émotion de la responsable du centre m'a conforté dans l'idée que toutes les rivières mènent à la mer. En ce moment, la détresse de 45 femmes retenues à l'hôpital de Kamituga a recueilli toute mon attention et une chaîne de solidarité a été initiée avec quelques amis (ainsi que toute autre personne de bonne volonté) afin de venir en aide à ces personnes qui ont donné la vie mais ne peuvent sortir de l'hôpital faute de moyens.
5) Quel est votre apport particulier, c’est-à-dire votre contribution en rapport avec votre position, dans la société dans laquelle nous vivons tous ?Pour les élections communales du 08 octobre 2006, je me présente à Watermael-Boitsfort et ce qui est important pour mes concitoyens est de choisir les personnes qui porteront leurs préocupations (logement, emploi, propreté, sécurité,solidarité), des personnes en qui ils auront confiance et qui seront à leur écoute.
Mon apport serait de continuer à garantir l'aspect village dans la ville de cette commune où j'ai choisi d'élever mes enfants. Dans le même ordre d'idées, être personne ressource pour l'asbl Projet Matonge qui s'occupe de prévention de la délinquance par la guidance médico-psychosociale et prévention SIDA (primaire et secondaire) est aussi une manière particulère de contribuer à changer la vision de notre société, notament en réfléchissant sur la crise identitaire qui touche bon nombre de jeunes d'origine étrangère et les conséquences que cela implique (décrochage scolaire, cassure familialle, phénimènes de bande urbaines, ect ...).
J'essaie tant bien que mal de sensibiliser au détour d'une conversation sur le bien-fondé de l'usage du préservatif ainsi que sur la nécessité d'avoir des rapports sexuels responsables.
6) Et enfin, d’après votre expérience, quel est votre message personnel pour cette génération ?
Prendre son destin en mains et ne pas être défaitiste m'ont permis de traverser ces dernières décenies.
Je ne suis pas fataliste : si je prends une claque le 08 octobre, je continuerai !
Je trace le chemin pour les générations à venir ...